Santé : La tribune du toxicologue Paul Tossa sur les morsures de scorpions
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Les scorpions appartiennent à la classe des arachnides et comptent plus de 2500 espèces. Un petit nombre d’entre eux est dangereux pour l’homme ; et sur le continent africain, ils appartiennent toutes à la famille des buthidés (il en existe 2 sous-ordres : les buthoïdes et chactoïdes.
Par
Fulbert Adjimehossou, le 28 févr. 2023
à
08h02
La plupart des scorpions dangereux pour l’Homme appartiennent au sous-ordre des buthoïdes). Les scorpions sévissent principalement dans la zone intertropicale, en Amérique latine (Mexique, Brésil), en Afrique du Nord, au Moyen Orient et dans le sous-continent indien. Le tableau ci-dessous présente les espèces les plus dangereuses connues sur le continent africain.
En Afrique sub-saharienne (en dehors de l’Afrique du Sud), les observations confirmées de la présence d’espèces dangereuses se limitent à deux espèces, dont l’une seulement est certaine et régulièrement constatée, l’autre n’ayant plus été signalée depuis longtemps. Il s’agit respectivement de Leiurus quinquestriatus et d’Androctonus australis. D’autres espèces, potentiellement dangereuses existent également en Afrique sub-saharienne, mais ne semblent pas y provoquer d’accident graves. Il s’agit par exemple de Buthus Occitanus et le genre Hottentota, largement répandus en Afrique sub-saharienne. Beaucoup d’autres espèces existent, mais leur dangerosité est inconnue ou mal connue.
D’un point de vue général, un scorpion dont la taille est égale ou inférieure à 4 cm ne présente pas de réel danger pour l’Homme.
Après la morsure (les scorpions ne piquent pas, ils mordent), les scorpions injectent leurs venins qui contiennent des toxines qui ont une affinité pour différents tissus, notamment les tissus nerveux, d’où leur appellation de « neurotoxines ». Mais les tissus nerveux ne sont pas les seules cibles de ces venins. L’envenimation par le scorpion se fait par gradation de gravité croissante. Ainsi, on décrit trois grades : Grade I, II et III.
Le Grade I, représentant 85 % des envenimations par le scorpion, est caractérisé par la présence de signe au niveau et autour du point de morsure : douleurs, rougeur, œdème, engourdissement…). La douleur est localisée, immédiate, intense, persistante, avec des sensations d’accalmie relative et de reprises ; va durer 10 à 15h, parfois davantage jusqu’à 24h. Toujours présente, quelle que soit l’espèce en cause, son intensité ne préjuge en rien de la gravité de l’envenimation. Le scorpion contrôlant la contraction du muscle entourant la glande à venin, il peut arriver que la morsure soit « sèche », non suivie d’injection de venin.
En Afrique, les piqûres de buthidés (famille des espèces dangereuses) ne sont suivies d’aucune réaction locale, tout au plus une discrète rougeur passagère au point de morsure sans œdème. Dans 95 % des cas, la douleur sera le seul signe clinique, et pendant les deux heures qui suivent, elle restera le seul signe, quelle que soit l’évolution ultérieure. Pour ce grade, le plus fréquent, une prise en charge de la douleur (Paracétamol, refroidissement par une vessie de glace), une désinfection et une vaccination anti-tétanos sont largement suffisantes. La pose d’un garrot, les scarifications, la succion, l’application de diverses substances sont proscrites. Une surveillance aux urgences les 4 premières heures, en cas de passage éventuel aux grades supérieurs, est nécessaire.
Pour les grades II (envenimation sévère) et III (envenimation gravissime), en plus des signes décrits pour le grade I et qui sont localisés au niveau de la zone mordue (notamment la douleur), d’autres symptômes (qualifiés de signes généraux) apparaissent généralement dans les 2 heures qui suivent la morsure. Ces signes ne sont pas localisés au niveau de la zone mordue et concernent l’ensemble du corps : sueurs, troubles digestifs, vomissements, détresse respiratoire… En cas d’apparition de signes autres que les signes localisés au point de morsure, une hospitalisation est obligatoire car le patient nécessite certainement une administration d’un traitement spécifique à base de sérum anti-venin anti-scorpionique. Ce traitement est le seul traitement spécifique efficace des envenimations scorpioniques graves. Il faut signaler que : (1) pour qu’il soit efficace, il doit être administré le plus tôt possible (dans les 4h qui suivent la morsure, de préférence dans les 2h) ; (2) n’est pas efficace sur les venins de tous les scorpions (inutile s’il s’agit du scorpion noir). Plus précisément, les sérums anti scorpioniques actuellement utilisés restent spécifiques à chaque pays ou à chaque région. En d’autres termes, les sérums utilisés en Algérie ou Tunisie peuvent s’avérer inefficaces au Bénin ou en Côte-d’Ivoire.
Pour ce qui est de l’utilisation des plantes dans nos contrées africaines, telle que l’utilisation de l’ail écrasé à appliquer sur la zone de morsure, les choses ne sont pas si simples. L’article portant sur l’utilisation de l’ail qui circule sur les réseaux sociaux parle du traitement de la douleur liée à la morsure, mais pas de prise en charge spécifique si jamais on passait du grade I aux grades II ou III. Ce qui est dangereux avec ce genre d’article est que les personnes mordues peuvent avoir l’impression de soigner leur envenimation en calmant tout simplement la douleur alors qu’elles pourraient avoir besoin d’une surveillance médicale avec ou sans traitement spécifique à base de sérum anti-scorpionique ; créant ainsi un danger vital.